Enfants associés: du groupe armé à photographe en herbe

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Moussa (nom fictif) avait 10 ans quand il a vu des hommes en tenue militaire passer par sa localité d’origine. Orphelin de mère et fils d’un éleveur toujours absent, cet enfant avait grandi livré à lui-même sans jamais fréquenter une école. C’est pourquoi il a suivi les miliciens en pensant trouver la famille qu’il n’avait jamais eu.

Après, à l’instar du reste des enfants enrôlés dans les milices, il a été obligé de «faire du mal, même si personne ne lui a jamais appris la différence entre le bien et le mal», explique Isabella Tion, psychologue du projet de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR) d’enfants associés aux forces et groupes armés géré par COOPI et financé par UNICEF dans une ville du centre de la République Centrafricaine.
Le temps s’est vite écoulé au groupe armé et finalement Moussa a compris que cette vie ne lui offrait pas d’avenir. Un désir hantait cet enfant seul et illettré: celui d’apprendre à lire et à écrire. Quand il a atteint son âge actuel, 16 ans, Moussa a compris que la seule façon de se garantir une vie digne était de quitter le groupe armé et commencer à aller à l’école.
Quand il a su que le Fonds de Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) avait commencé auprès de ses supérieurs dans la milice les démarches pour démobiliser les enfants et les faire entrer à l’école, il a accepté de son plein gré et a été tout de suite admis au Centre de Transit et Orientation géré par COOPI, où les enfants séjournent de façon temporaire avant de rentrer au sein de leurs communautés.
«Moussa est un enfant qui ne parle pas beaucoup de son expérience de six ans au groupe armé mais qui montre une grande intelligence», explique Isabella Tion, avec laquelle cet enfant a tissé un rapport affectif très spécial. Même s’il n’avait jamais mis les pieds dans une école, après quelques mois de cours d’alphabétisation, Moussa a commencé à lire, écrire et aussi à utiliser l’ordinateur. Il commence même à communiquer en français, langue officielle en Centrafrique, normalement apprise par les enfants à l’école.
Au CTO de COOPI, Moussa a découvert aussi sa vocation et son rêve: devenir photographe professionnel. L’enfant a commencé une formation en photographie dont il est enthousiaste.
Un jour, Isabella lui a proposé un défi dans le cadre du parcours psychosocial offert à tous les enfants du CTO: montrer la vie de la ville dans laquelle il vit avec ses photos. Avec le petit appareil que COOPI lui a fourni pour qu’il commence à se former, il a pris des photos des gens, des paysages, de la vie quotidienne de la localité. Les photos ne sont peut-être pas de grande qualité mais montrent déjà un regard, une sensibilité qui est loin des habituelles photos posées. Il a essayé de saisir l’instant: la fille qui étend la lessive, une nature morte composée de bananes, une rivière dans ce pays beau mais dévasté par les groupes armés.
«Moussa m’a dit une phrase qui m’a touchée. Il ne parle pas beaucoup et, un jour, quand j’essayais de lui faire parler de son expérience, de ses expectatives, de ses craintes, il m’a regardée et ensuite m’a demandée: Est-ce que tu as jamais entendu parler d’un enfant soldat qui a réussi dans la vie?»
Le lendemain Isabella a répondu à cette question. Elle lui a parlé d’un ex-enfant associé devenu mécanicien de motos dans un village proche et d’autres cas d’adolescents qui ont pu reconstruire leur vie.
Depuis 2012, COOPI et UNICEF ont géré trois projets de réinsertion d’enfants associés aux forces et aux groupes armés en République Centrafricaine, dont plus de 900 enfants ont bénéficié.

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